Supervision pour psychologue

Respirez…Expirez… Inspirez ! Il est temps de prendre un nouveau souffle, de vous regénérer.

Continuons ensemble à être inspiré.

Penser contre soi-même : un défi pour la supervision clinique

La supervision clinique est un dispositif d’accompagnement, de formation et de soutien qui vise à améliorer la qualité et l’éthique de la pratique des psychologues. Elle repose sur l’analyse critique et réflexive des situations professionnelles, dans une perspective de développement des compétences et de régulation des émotions. La supervision clinique implique donc un travail sur soi, sur ses représentations, ses croyances, ses valeurs, ses affects, ses motivations, ses limites, etc.

Mais comment faire ce travail sur soi sans se laisser enfermer dans ses propres schémas de pensée, sans se conformer à ses propres préjugés, sans se satisfaire ou se protéger par ses propres certitudes ? Comment se remettre en question, se décentrer, se dépasser, se transformer ? Comment penser contre soi-même ?

C’est le défi que nous propose Nathan Devers, dans son livre « Penser contre soi-même », paru récemment aux éditions Albin Michel. L’auteur, écrivain et chroniqueur, issu d’une famille juive, raconte son parcours personnel et intellectuel, qui l’a amené à renoncer à sa vocation de rabbin pour se tourner vers la philosophie. Il nous livre ainsi un témoignage vibrant et poignant sur ce que peut signifier aussi philosopher, par des remises en question de soi profondes, c’est-à-dire « penser contre soi-même ».

Selon Nathan Devers, penser contre soi-même, c’est accepter de se confronter à ce qui nous dérange, nous déstabilise, nous contredit, nous bouscule, nous met en crise. C’est sortir de sa zone de confort, de son identité assignée, de sa communauté d’appartenance, de son cadre de référence. C’est s’ouvrir à l’altérité, à la diversité, à la complexité, à l’incertitude. C’est se libérer de ses dogmes, de ses illusions, de ses habitudes, de ses automatismes. C’est se mettre en mouvement, en dialogue, en recherche, en création.

Penser contre soi-même, c’est donc un acte courageux, exigeant, douloureux, mais aussi libérateur, enrichissant, épanouissant. C’est un acte qui donne du sens à l’existence, qui permet de se connaître soi-même, de se construire soi-même, de se réaliser soi-même.

Quel rapport entre cette démarche philosophique et la supervision clinique ? Nous pouvons supposer qu’il y en a plusieurs, et nous allons essayer de les mettre en évidence à travers une liste de points communs et d’exemples concrets :

– La supervision clinique et la philosophie partagent un même objectif : la quête de la vérité. Il ne s’agit pas d’une vérité absolue, universelle, intangible, mais d’une vérité relative, contextuelle, dynamique, qui se construit à partir de l’expérience, de la réflexion, de l’échange, de l’argumentation. La supervision clinique et la philosophie visent donc à élaborer une compréhension fine et rigoureuse de la réalité, en tenant compte de ses multiples dimensions et de ses contradictions.

– La supervision clinique et la philosophie partagent un même outil : la raison. Il s’agit d’un outil qui permet de penser de manière logique, cohérente, critique, créative. La supervision clinique et la philosophie utilisent la raison pour analyser, interpréter, évaluer, synthétiser, conceptualiser les situations professionnelles, les concepts théoriques, les problématiques éthiques, etc. La raison est donc un outil qui permet de clarifier, de structurer, de nuancer, de problématiser, de questionner la pensée.

– La supervision clinique et la philosophie partagent un même défi : la remise en cause. Il s’agit d’un défi qui consiste à se confronter à ce qui nous résiste, nous oppose, nous dépasse, nous échappe. La supervision clinique et la philosophie nous invitent donc à penser contre nous-mêmes, c’est-à-dire à dépasser nos propres limites, à remettre en question nos propres certitudes, à bouleverser nos propres évidences, à transformer nos propres représentations. La remise en cause est donc un défi qui permet de progresser, de s’ouvrir, de s’enrichir, de se transformer.

Pour illustrer ces points communs, voici quelques exemples concrets de situations de supervision clinique où le psychologue peut être amené à penser contre lui-même :

– Un psychologue qui travaille dans un service d’addictologie se sent dépassé par la demande d’un patient qui lui demande de l’aider à arrêter de consommer de l’héroïne. Il se sent impuissant, démuni, découragé. Il se demande s’il est compétent, s’il a sa place dans ce service, s’il peut aider ce patient. Il en parle à son superviseur, qui l’invite à réfléchir à ses propres représentations de l’addiction, à ses propres attentes par rapport au patient, à ses propres émotions face à la situation. Le superviseur l’amène à prendre du recul, à relativiser, à nuancer, à questionner sa pensée. Il l’aide à identifier ses points forts, ses ressources, ses pistes d’action. Il l’encourage à adopter une posture plus confiante, plus souple, plus empathique, plus collaborative avec le patient. Il l’accompagne dans la construction d’un projet thérapeutique adapté aux besoins et aux capacités du patient.

– Une psychologue qui travaille dans un centre médico-psychologique se sent agressée par le comportement d’un enfant qui lui lance des objets, lui tire les cheveux, lui crache dessus. Elle se sent en colère, blessée, humiliée. Elle se demande si elle doit réagir, si elle doit punir, si elle doit arrêter la séance. Elle en parle à son superviseur, qui l’invite à réfléchir à ses propres réactions, à ses propres valeurs, à ses propres limites. Le superviseur l’amène à comprendre, à interpréter, à analyser le comportement de l’enfant. Il l’aide à repérer ses besoins, ses difficultés, ses souffrances. Il l’encourage à adopter une posture plus patiente mais active, créative, plus compréhensive, plus contenant avec l’enfant. Il l’accompagne dans la mise en place d’un cadre thérapeutique sécurisant et stimulant pour l’enfant.

– Un psychologue qui travaille dans une maison de retraite se sent déprimé par le contexte des dispositifs anti-pandémie, qui l’empêche parfois de rendre visite physiquement aux résidents, qui le contraint à porter un masque, qui le prive de contacts humains. Il se sent triste, isolé, désemparé. Il se demande s’il peut encore donner un sens à son travail, s’il peut encore apporter du soutien, s’il peut encore être utile. Il en parle à son superviseur, qui l’invite à réfléchir à ses propres ressentis, à ses propres besoins, à ses propres ressources. Le superviseur l’amène à exprimer, à partager, à verbaliser ses émotions. Il l’aide à prendre soin de lui, à se protéger, à se préserver. Il l’encourage à adopter une posture plus positive, plus optimiste, plus créative avec les résidents. Il l’accompagne dans la recherche de solutions alternatives, de moyens de communication, de projets stimulants avec les résidents.

Ces exemples montrent comment la supervision clinique peut être un espace de pensée contre soi-même, qui permet au psychologue de se remettre en question, de se décentrer, de se dépasser, de se transformer. Ils montrent aussi comment la supervision clinique peut être un espace de pensée avec soi-même, qui permet au psychologue de se connaître, de se construire, de se réaliser. Ils montrent enfin comment la supervision clinique peut être un espace de pensée avec les autres, qui permet au psychologue de s’ouvrir, de s’enrichir, de s’épanouir.

En espérant que cet article vous a intéressé et vous a donné envie de lire le livre de Nathan Devers, « Penser contre soi-même », qui est une source d’inspiration et de réflexion pour tous et bien sûr une posture inspirante, pour nous, les psychologues.

Frédéric LAURA
Psychologue & Superviseur

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Penser contre soi-même – broché – Nathan Devers – Fnac.
https://www.fnac.com/a18606541/Nathan-Devers-Penser-contre-soi-meme

Penser contre soi-même – Nathan Devers – Babelio.
https://www.babelio.com/livres/Devers-Penser-contre-soi-meme/1589774